jeudi 11 mars 2010

Panique sur la Grande Muraille de Frédéric Lenormand (Fayard, 2009)


Frédéric Lenormand a repris les aventures du Juge Ti, semi-création de Robert Van Gulik (il a vraiment existé), juge et enquêteur du VII° siècle. Je n'ai pas toujours été convaincue par certains de ses romans, surtout par rapport aux originaux, mais celui-ci est particulièrement réussi.

Ti est envoyé à l'Ouest de l'Empire pour contrôler les travaux dans la Grande Muraille. Il découvre une vraie catastrophe. Il y a un trou dans l'ouvrage, couvert par une banderole peinte pour faire croire que la Muraille est intacte. Les Turcs sont aux portes de la ville, les habitants souhaitent fuir plutôt que de défendre les lieux.

Ti se remonte alors les manches, avec sa Première Epouse, Dame Lin qui jouera un rôle central (et parfois cocasse) dans la défense de la ville. Au vu du travail et de la possibilité qu'il y ait un traître dans les murs, Ti et Lin pourront-ils sauver la ville?

Ce roman est un moment très agréable de lecture, avec des passages fort drôles.

mercredi 10 mars 2010

HOMMAGE

Patrick Topaloff, chantre de la chanson … on vient de nous quitter. Voici donc un hommage:





samedi 13 février 2010

J'aurais voulu être égyptien d'Alaa El Aswany (Actes Sud, 2009) traduit de l'arabe par Gilles Gauthier

Je viens de finir J'aurais voulu être égyptien d'Alaa El Aswany (Actes Sud, 2009) traduit de l'arabe par Gilles Gauthier, un texte à a fois tendre et rebelle sur l'Egypte actuelle.




Le narrateur, Issam, n'aime pas son pays et se gausse de la citation de Mustapha Kamel: "Si je n'étais pas né égyptien, j'aurais voulu être égyptien." Il trouve ce texte "inepte" et n'a pas de mots assez forts pour dire tout le mal qu'il pense de son pays. Tant et si bien que l'auteur, en préface, explique tout le mal qu'il a eu pour faire publier ce roman, les tenants d'Anastasie et de ses grands ciseaux confondant personnage et auteur.

Issam vit avec avec une mère gravement malade qui préférerait voir toute sa famille mourir plutôt que d'avoir un cancer en phase finale et une grand-mère relativement grincheuse et méchante. Seule la servante Hoda lui prodigue un peu de tendresse et plus si affinité.

Finalement, Issam rencontre Jutta,une touriste allemande qui aurait bien voulu naître égyptienne. Suite à un voyage touristique, elle est restée fascinée pour ce pays.

Au milieu de cette famille et de ce couple passent des personnages plus étranges les uns que les autres, ou bien drôles, ou touchants, simples fantômes parfois, souvent plus, des personnages à la Dos Passos. Le lecteur croise ces figures dans les rues du Caire, devenu plus vivant que les guides touristiques sous la plume toujours brillante d'Alaa El Asqwany. Et parfois, alors, on se prendrait à vouloir devenir égyptien.

jeudi 11 février 2010

Les Turbans de Venise de Nedim Gürsel (Seuil) traduit par Timour Muhidine


Je viens de finir Les Turbans de Venise de Nedim Gürsel, écrivain turc né en 1951.

Kâmil Uzman, digne professeur d'art, quitte Istanbul pour se rendre à Venise sur les traces de Gentile Bellini, frère de Giovanni Bellini, qui s'était rendu en Turquie pour faire le portrait du sultan Mehmet le Conquérant, destructeur de Byzance. Sur place, il découvre une jeune femme qui lui rappelle la Sainte Catherine d'un tableau de Bellini. Amoureux, son attirance n'est pas réciproque et il finit par fréquenter les prostituées et les lieux louches.

Ce roman traite de l'exil, du déracinement, des liens entre Orient et Occident, des femmes, de l'art et, surtout, est un merveilleux tableau de Venise, digne des peintres du Quattrocento.

mardi 9 février 2010

Toxique de Françoise Sagan (Stock, 2009)


J'ai lu Toxique de Françoise Sagan. Ce texte, découvert récemment, est le journal de Françoise Sagan décrivant ses problèmes d'addiction après son accident de voiture en 1957.

'En été 1957, après un accident de voiture, je fus, durant trois mois, la proie de douleurs suffisamment désagréables pour que l'on me donnât quotidiennement un succédané de la morphine appelé le '875' (palfium). Au bout de ces trois mois, j'étais suffisamment intoxiquée pour qu'un séjour dans une clinique spécialisée s'imposât. Ce fut un séjour rapide, mais au cours duquel j'écrivis ce journal que j'ai retrouvé l'autre jour.'

Ce texte, illustré en noir et blanc par Bernard Buffet, est le récit de sa désintoxication, de la douleur physique et morale, de la peur de la déchéance, des regrets de sa vie d'avant, de l'alcool et des cigarettes, de la légèreté de la vie.

Un très beau texte qui donne un aperçu de la personnalité de Sagan, son côté sombre et son amour de la vie malgré tout.

vendredi 5 février 2010

L'Enigme du retour de Dany Laferrière (Grasset, 2009), Prix Médicis


J'ai lu L'Enigme du retour de Dany Laferrière (Grasset, 2009), roman écrit en alternance de prose et de vers libres. Le narrateur quitte New York et revient à Haïti à la suite de la mort de son père, exilé dans les années 1960 par Papa Doc. Il s'agit d'un texte d'une grande musicalité.

Triste et poétique, ce roman traite de deuil, tandis que le narrateur se sent de plus en plus étranger dans son propre pays. L'exil est au centre de ce texte, la douleur de se sentir loin parmi les siens, miséreux. Un texte magistral de cet écrivain qui a mille fois mérité le Médicis.

Les Haïtiens ne le comprennent pas: on le croit riche car il vit en Amérique du Nord. Il ne les comprend pas davantage: pourquoi une telle misère, des enlèvements dans un pays qui devrait se relever?

mercredi 27 janvier 2010

Casting

J'ai inscrit ma fille dans un casting pour rire

On peut voter pour elleici

dimanche 10 janvier 2010

Humour britannique


Une vieille dame anglaise veut fêter son 90e anniversaire avec ses amis de toujours, Sir Toby, l'amiral von Schneider, Mr. Pommeroy et Mr. Winterbottom. Mais ils sont tous morts. Son majordome va donc jouer les rôles de ces personnes-là. En conséquence, il va boire énormément. Autres effets comiques : il joue le rôle d'un amiral en claquant ses talons, ça fait mal. À la fin, il est complètement ivre, en un tel point qu'il ne trébuche même plus sur le tapis en peau de tigre. La vieille dame, flegmatique, part alors se coucher.

mercredi 6 janvier 2010

Ludwig von 88





Les Nonnes Troppo

Pour Som qui a repris le boulot:

Les Heures souterraines de Delphine de Vigan (JC Lattès, 2009)

Delphine de Vigan est décidément un écrivain plein de talent. Les Heures souterraines en sont un excellent exemple.

Mathilde et Thibault sont deux personnages souffrant de solitude. Elle, harcelée au travail, lui impliqué dans une relation sans lendemain. Le lecteur fleur bleue espère qu'au coeur de cette grande ville fourmilière, ils se croiseront et sauront se consoler.



Hélas, chacun semble condamné à porter sa croix seul, avec beaucoup de courage, en se frôlant sans jamais se toucher (chouette, nous ne sommes pas dans la collection Harlequin!)

Le 20 mai doit être le jour où Mathilde rencontrera le grand amour, selon une médium. Alors on y croit… Mais en fait le harcèlement moral deviendra de pire en pire et son patron, Jacques, réussira franchement à faire de cette journée un moment particulièrement pénible, un véritable enfer. Pourtant, elle doit tenir, pour ses trois enfants.

Quant à Thibault, médecin urgentiste, il sait que Lila ne l'aime pas, qu'il n'a aucun avenir avec elle. Le 20 mai sera donc le jour où il aura enfin le courage de la quitter… et Lila ne s'en souciera guère.

Une belle écriture, des personnages très forts, des situations difficiles, la mayonnaise prend, et elle prend bien. On s'attache à Thibault, à Mathilde et ses trois adorables bouts de choux. Et on se surprend à croiser les doigts et à vouloir croire aux prédictions.

mardi 5 janvier 2010

La Voix d'Arnaldur Indridason (Métailié, 2007)



Le Père Noël a été assassiné dans son cagibi, au fin fond d'un hôtel islandais, la veille de Noël. Un préservatif pend lamentablement de son pénis. Bref, pas une image pour les enfants.

Erlendur, Elinborg et toute leur équipe mènent alors l'enquête. Erlendur prend une chambre à l'hôtel, semblant peu pressé d'être chez lui le jour de Noël, tout en tentant d'aider sa fille Eva Lind se battre contre son désir de drogue.

Pendant son séjour sur place, Erlendur rencontre Henry Wapshott, un Américain venu pour rencontrer la victime. En effet, Gudlaugur avait été un enfant star, un petit choriste à la voix en or, un véritable ange. Mais sa carrière s'était arrêtée du jour au lendemain quand, en plein concert, sa voix avait mué, s'était cassée, au grand désespoir du père de l'enfant qui semblait ne vivre que pour la carrière musicale de son fils. Wapshott cherchait à se procurer tout le stock de disques que Gudlaugur pouvait encore détenir. Il lui avait même fait une proposition en or, avec un premier versement conséquent.

Talent, misère, lumière, homosexualité, feux de la rampe, recours aux prostitués, Gudlaugur avait tout vécu, tout vu. Il était l'âme de son hôtel, vivant sur place, et pourtant il allait perdre son emploi.

Alors qui avait pu le tuer d'un coup de couteau la veille de Noël?

La psychologie des personnages est bien étudiée, les relations parents-enfants (Gudlaugur et son père, Erlendur et Eva) sont soulevées dans leur complexité. Un polar nordique à ne pas rater, un vrai beau texte…

lundi 4 janvier 2010

Les joies de la maternité

Après la grossesse, voici les joies de la maternité



vendredi 1 janvier 2010

La Légende de nos pères de Sorj Chalendon (Grasset, 2009)



Pendant mon hospitalisation, j'ai lu La Légende de nos pères de Sorj Chalendon, un très beau roman de la rentrée littéraire.

Le narrateur a perdu son père en 1983. Celui-ci, ancien résistant, souhaitait transmettre ses souvenirs, mais son fils les trouvait ennuyeux. Le jour de l'enterrement de son père, le jeune homme découvre Lupuline et son père, Tescelin Beuzaboc, un autre résistant, dans le cimetière.

Plusieurs années plus tard, devenu écrivain de biographies pour les gens qui souhaitent léguer leur histoire à leur famille, il retrouve Lupuline qui souhaiterait lui présenter son père et lui proposer d'écrire sa vie. En effet, Beuzaboc endormait sa petite fille en lui racontant les exploits extraordinaires dont il avait été le héros pendant la guerre. Après quelque hésitation Beuzaboc finit par accepter.

Le roman est le récit des relations entre Beuzaboc et le narrateur, de plus en plus culpabilisé par son refus d'écouter son propre père quand il en était encore temps. Jusqu'au jour où il finit par se demander si Beuzaboc n'a pas inventé tout ou partie de sa vie.

Un beau récit sur l'art du roman bref… des mensonges que l'on choisit de croire, des vérités parfois, la vie, la relation au lecteur, la fascination… Un roman que je recommande donc chaleureusement.


jeudi 31 décembre 2009

Les Bretons

Des problèmes de santé m'ont empêché de tenir ce blog à jour. Je vais me rattraper, promis, car dans les cliniques, on a le temps de lire… pas nécessairement celui de chroniquer. En attendant, voici une contribution de mon frère

vendredi 18 décembre 2009

Dans les archives secrètes de la police: quatre siècles d'Histoire, de crimes et de faits divers de Bruno Fuligni ed. (L'iconoclaste, 2009)

Facile à lire en clinique, les petits récits inspirés des archives de la police, dans sa bibliothèque au pied de la Montagne Sainte Genviève, sont parfois un peu frustrants par leur brièveté. D'autres plus complets sont un vrai régal!

Ces récits sont le prolongement du beau livre publié en 2008, présentant les documents iconographiques et les objets du musée et de la bibliothèque, les documents approfondissent les affaires présentées l'an dernier. On regrettera seulement que tous les contributeurs n'aient pas le même talent et que certains n'aient pas assez approfondi, à mon goût tout au moins, leur sujet.

A retenir surtout les beaux travaux sur la bande à Bonnot, la police scientifique, la Bastille, les surréalistes, les peintres, la Seconde Guerre Mondiale (pendant et après), les bordels et un petit bijou court mais drôle de Fuligni sur les premières règles de conduite automobile.


dimanche 6 décembre 2009

N'oublie pas d'être heureuse de Christine Orban (Albin Michel)



Les quelques romans de Christine Orban que j'avais lu m'avait fait poser la question, fort méchante je le reconnais, si le fait d'être "femme de" n'aidait pas à être publiée. Sur les conseils d'une lectrice, j'ai donc testé N'oublie pas d'être heureuse de Christine Orban. Et bien, je suis toujours aussi sceptique.

Ce roman s'inspire des souvenirs de jeunesse de l'auteur à Fédala, les peurs que peut avoir une petite fille, son désir de voir, de vivre à Paris, ses rêves et ses espoirs. Mais cette accumulation d'anecdotes m'a complètement laissé de marbre. L'auteur reste à la surface des choses, ne gratte pas vraiment où cela pourrait faire mal. On survole, on voit de loin, "Christine Orban enfant vue du ciel". Bref, je ne me suis jamais attachée à ses personnages.

jeudi 5 novembre 2009

François Bégaudeau, Vers la douceur. (Gallimard, 2009)




Les surveillances d’examens ont cela de bon qu’elles permettent de voler, de ci, de là, quelques minutes de lecture. Vers la douceur est un vol des plus agréables, des instants de pur plaisir à la fois canaille et doux, à la fois tendre et drôle, à la fois décalé et au centre de ce qu’il y a de plus essentiel: les relations entre hommes et femmes.

Ce roman a été très débattu par les critiques et je me découvre inconditionnelle de ce texte, un pur moment de plaisir. J’étais reconnaissante à mes étudiants de bien vouloir ne pas tenter de tricher pendant trois heures afin que je puisse dévorer ce beau texte.

Des vies se croisent, se catapultent, se réchauffent, se heurtent plus violemment. Soleil, chaleur, parfois plus de solitude, mais avec un humour souvent jubilatoire. Des personnalités fortes: Bulle et son capaharnaüm, Cathy qui trouve son cul trop gros, un narrateur obsédé par l’idée de coucher avec une femme de plus de quarante ans, Jeanne qui quitte Jules et rencontre Flup, bref un vrai jeu de billard où les boules se heurtent, s’envoient dans les poches, hors de la table…

Mais ce n’est pas triste, le style est unique, l’humour est vif, Bégaudeau propose de beaux moments de vie. Un très beau texte.

mercredi 4 novembre 2009

Alberto Manguel, Tous les hommes sont menteurs. (Actes Sud, 2009) traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco.

Ce roman est un texte polyphonique autour de l’écrivain Alejandro Belavicqua, auteur de romans photos et, peut-être, d’un chef d’oeuvre unique Eloge du mensonge. Belavicqua, retrouvé mort en bas de son balcon dans les années 1970 peu après le lancement de son roman, était-il un génie ou un imposteur?





Vu à travers les yeux d’Adrea, son dernier amour qui a découvert et fait publier Eloge du mensonge, à travers les récits d’un écrivain argentin très agaçant qui se prétend omniscient sur le sujet d’ Alejandro Belavicqua, un certain Alberto Manguel, ou décrit par celui qui déclare être le vrai auteur de l’Eloge, Marcelino Olivares, Alejandro Belavicqua prend forme, se délite, se défile, on croit le saisir, on le perd. Le journaliste poitevin Jean-Luc Terradillos qui tente de dresser son portrait aura tâche difficile. Pourra-t-il parvenir à son but ultime, saisir l’essence du Maître?

Ce texte qui échappe sans cesse à son lecteur est un moment de lecture parfaitement jouissif, surtout quand Manguel utilise son double littéraire pour en faire un personnage assez imbu de sa personne qui se croit une autorité dans le monde des lettres.